Superstitions et Sorciers - Folklore de Neuville-le-Chaudron lez Philippeville

Époque 1900 à 1918 

Texte original de Clément Dimanche. Les illustrations ne font pas partie du texte original.

Initialement publié dans le cahier n°46, août 2005,  d'Archéophil. Réproduction avec autorisation de Gephil asbl.



Jusque 1909, il faut hélas "tirer au sort" : les jeunes gens portent ce jour-là un chapeau de paille garni de fleurs en papier ; les curieux et les gamins suivent et dansent sur un air "d’armonica" (accordéon). Je me rappelle un conscrit ; sa mère venait de mourir, il avait garni son chapeau de fleurs noires.

 

Les conscrits de Cerfontaine (lettre C) quittaient Philippeville avant la fin du "tirage" car les gens de Villers-deux-Eglises (lettre V) les rossaient lorsq’au retour, ils traversaient leur village. Parfois les Cerfontainois faisaient le détour par Neuville-Senzeilles ou prenaient le train à Neuville-Sud !

 

On "tirait" par ordre alphabétique et c’est ainsi que Cerfontaine semblait avoir plus de chance pour "tirer" les "bons" numéros !

 

Exemple : si les 18 permiers numéros sont éliminés (exempts et volontaires), le "bidet", mauvais numéro, sera le 19.

 

Les gens des villages prenaient avec eux des pigeons qu’ils lâchaient pour faire connaître plus tôt les nouvelles du tirage.

 

Chansons de "tirage au sort" : conscrit, quand tu partiras – non, non, m’fi, non – èl djou du tirâdje – si lè rwè a dandji d’sôdars – Louwis – én’ brèyèz nin, ma seûr – dj’aî ieû ‘ne mwaîje cossète – quand les conscrits partiront, etc...

 

Quelques chansons de conscrits (source).

 

Ce jour-là comme aux jours de fêtes, on voyait des marchands de "planètes" (horoscopes), de chansons qu’une fille chantait, accompagnée par un accordéoniste.

 

Si une parente avait cousu, à l’insu du conscrit, le voile de la Vierge (coiffe), une médaille.... dans la doublure de son veston, le jeune homme devait tirer un bon numéro.

 

On lui recommandait aussi : de tremper la main gauche dans l’eau bénite et de se servir de cette main pour choisir la cossette dans l’urne mais sans prendre la première touchée ; de ne rien prêter ni recevoir ce jour-là ; de ne pas donner la main ; d’entrer le pied gauche en avant à la maison communale ; de porter un scapulaire, une patte de taupe ; si possible, cacher une pièce d’argent sous la nappe d’autel, sur la pierre contenant les reliques ; voler une hostie ou des grains d’encens du cierge pascal pour les coudre dans la manche...

 

Prières à la Ste Vierge, à un saint qui avait la confiance de la famille, mais sans pèlerinage organisé car tout se passait en silence, nuitamment, à l’insu des voisins ; dire trois fois AVE entre l’élévation de l’hostie et celle du calice ; visite des chapelles de la région (on approchait de celle-ci à reculons, on inscrivait le nom du conscrit sur le mur, en portant la main gauche derrière la tête et on faisait le signe de la croix à l’envers)...

 

Quelques jours avant le "tirage", les curés fermaient soigneusement les églises et chapelles car certains fanatiques volaient des statues pour les cacher dans les champs. S’ils tiraient un bon numéro, ils les remettaient en place, sinon...

 

Parfois, ils retournaient les statues sur leurs socles pendant le "tirage". Une statue de la Vierge fut enlevée de son autel et placée dans la malle-poste Couvin-Philippeville (témoin : Edmond Monier louageur).

 

Les adultes éduquaient plus ou moins bien les gamins, ils protégeaient les faibles et administraient une correction au "dur" qui avait malmené un plus jeune. Mais ils leur racontaient des histoires terrifiantes : l’ome à lavèt, la bande noire, les cosaques... (à Neuville, il existe une terre dite du cosaque)...

 

Le garde-champêtre, à Neuville, se permettait même de charger son vieux fusil avec du sel et ce, pour tirer dans les jambes des maraudeurs à la saison des fruits !

 

On recommandait au jeune homme d’aller "voir les filles" dont les parents possédaient un "gros fumier" dans la cour.

 

Le prétendant devait y aller le jeudi et le dimanche car s’il allait un vendredi, on lui donnait une "passette" dont il devait compter les trous ; s’il allait un samedi, il devait tenir un balai dans ses deux mains et ce, pendant toute la soirée !

 

On se permettait de "côrner" les femmes, infidèles, le soir, près de leurs maisons à l’aide d’un verre de lampe ou d’une trompe de chasse !

 

Araignée du soir, grand espoir – araignée du matin, grand chagrin.

 

A la chandeleur, distribution de chandelles qu’on allumera pendant les orages, pendant les maladies, au moment du "tirage" au sort, etc...

 

A la St-Blaise, contre-mal de gorge, le curé touche l’endroit avec deux chandelles en croix.

 

A la St-Hubert, le prêtre bénit le pain, le maïs, l’avoine...

 

La jeune maman ne peut sortir sur la rue avant d’avoir été à l’église pour ses "relevailles".

 

Si l’enfant pleure la nuit parce qu’il a peur, le curé lit l’Evangile de St-Jean (évangile terminant autrefois la Sainte Messe), d’autres croyaient que cet évangile lu par un "Père" de Maredsous donnait de meilleurs résultats.

 

A la chandeleur, les curés du vieux temps distribuaient aussi des "coupèzias" à ceux qui les demandaient (un rat de cave sans mèche, enroulé en spirale ou formant une croix). Ces "coupèzias" passaient pour éloigner le mauvais sort, pour protéger la maison contre le foudre. On les laissait en place d’une année à l’autre ; on tapissait ou on blanchissait à la chaux sur le tout.

 

Signe de malheur : un chat noir, une poule noire traversant la rue devant soi ; passer sous une échelle ; recevoir un cadeau coupant ou piquant ; ouvrir un parapluie noir dans la maison ; renverser le sel sur la table ; treizième à table...

 

Talismans : corde de pendu, trèfle à quatre feuilles ; coccinelle sur le bras, sur la main ; queue de lézard séchée ; toucher un bossu ; toucher du bois.

 

Fin de la troisième partie.